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Un, Deux, Trois : L'Unité

« Au troisième mois depuis le départ des Béné-Israël d’Egypte, ce jour-même, ils arrivèrent au désert du Sinaï... Israël campa face à la montagne. »

 (Exode 19 – 2,3)

La Mé’hilta remarque qu’à chaque étape du voyage de nos ancêtres, il est indiqué : « Ils voyagèrent et ils campèrent. » Tandis que dans notre verset, c’est le singulier qui est utilisé – il campa. Le midrash explique que dans les autres étapes, il y avait des dissensions tant dans la façon de percevoir le voyage que pour le campement. Par contre, face au Mont Sinaï, Israël campa – au singulier – comme un seul homme, avec un seul cœur – animé du même élan.

Ainsi, la Mé’hilta nous indique que bien qu’il aurait été naturel qu’un groupe constitué d’une multitude d’individus subisse des dissensions, face au Mont Sinaï, il ne s’exprima que d’un seul cœur.

Il est certain que cette expérience vécue par nos ancêtres fut le fruit du caractère particulier que revêt la Torah : la paix. Maïmonide précise : « La Torah ne fut donnée que pour instaurer la paix dans le monde. » Par conséquent, le fait de camper face au Mont Sinaï mit le peuple Juif en situation d’unité. Ils cessèrent, alors, de se quereller.

Cette idée mérite d’être approfondie. La Torah a-t-elle véritablement le pouvoir d’unir ? Pourtant, il est convenu que la Torah permette certains désaccords dans l’interprétation des textes, et même si une fois que la Hala’ha – la loi – est fixée, tous doivent s’y soumettre, il n’en reste pas moins que l’individu a toute liberté de garder à l’esprit la logique contraire. Comment peut-on donc affirmer que la Torah crée l’état d’esprit d’un seul cœur qui impliquerait, à priori, une unité jusque dans la pensée ? 

En fait, la Torah nous apprend que ce moment privilégié d’unité prit place le Troisième mois depuis la sortie d’Egypte. Or, il est évident que cette indication est significative : l’espace – le Mont Sinaï – et le temps – le troisième mois – furent les facteurs déterminants pour l’unité du peuple.

Pourtant, comment comprendre que le chiffre trois puisse engendrer l’unité ; n’aurait-il pas été plus logique que cette idée prenne corps à travers le chiffre un ?

Chacun des chiffres symbolise un concept particulier : « Un » exprime l’idée que rien d’autre n’existe face à Lui ; il n’y en a qu’Un. « Deux » traduit le multiple et la division ; c’est l’antithèse de l’unité. Le chiffre « Trois » représente l’union d’entités séparées ; c’est la dimension où Un naît de la rencontre de deux opposés. Nos sages nous enseignent : « Lorsque deux passages se contredisent, tu trouveras certainement un troisième texte qui les réconciliera ! »  

Nous voyons, ici, la nature particulière du trois : sans le troisième verset, les deux premiers paraissent contradictoires ; le troisième réconcilie ce qui est apparemment irréconciliable. De plus, la démarche ne consiste pas à prendre parti dans la contradiction. Le troisième apporte un éclairage nouveau sur les deux autres textes, il révèle leur essence commune et ainsi la fusion devient réalité. 

La Torah est liée – tout entière – à cette idée et à ce chiffre, ainsi que nos sages disent dans le Talmud : « Béni soit Celui qui donna la Torah en trois parties – Torah, Néviïm, Kétouvim – au peuple composé de trois groupes – Kohen, Lévi et Israël… le troisième mois. » Il est évident que ce concept est indissociable de la Torah. 

Ceci se traduit par le fait que la loi de la Torah n’est pas issue d’une pensée unique. Elle est le résultat d’un débat animé mettant en avant le désaccord des différents intervenants pour enfin donner naissance à l’expression d’un seul cœur – l’unité : la Hala’ha. 

Likouté Si’hoth Vol XX

 

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